Bien avant de devenir le magazine de mode le plus influent au monde, Vogue a vu le jour dans un tout autre univers. Retour sur les débuts surprenants d’un titre qui allait révolutionner la presse, la mode… et la culture.
Bien avant de devenir le magazine de mode le plus influent au monde, Vogue a vu le jour dans un tout autre univers. Retour sur les débuts surprenants d’un titre qui allait révolutionner la presse, la mode… et la culture.
Au Sommaire
- 1892 : l’Amérique des salons et des apparences
- Un hebdomadaire mondain… bien éloigné de la mode
- Arthur Turnure, un fondateur oublié mais décisif
- Un succès discret mais prometteur
- Une ère fondatrice, discrète mais essentielle
- La suite de notre dossier : l’explosion sous Condé Nast
1892 : l’Amérique des salons et des apparences
À la fin du XIXe siècle, New York est une ville en pleine effervescence.
Les grandes fortunes industrielles explosent, les dynasties émergent, et la haute société new-yorkaise impose ses codes : bals, dîners privés, élégance aristocratique importée d’Europe.
Dans ce contexte, le paraître devient un langage social, et la presse mondaine un miroir indispensable.
C’est dans cette atmosphère que naît Vogue, le 17 décembre 1892. L’idée vient d’un homme discret mais cultivé : Arthur Baldwin Turnure, avocat issu de la bonne société, passionné d’art et de belles lettres.
Il fonde Vogue avec un objectif clair : chroniquer la vie mondaine de l’élite new-yorkaise, ses goûts, ses loisirs, ses codes et ses convenances.
Un hebdomadaire mondain… bien éloigné de la mode

Le premier numéro de Vogue n’a rien d’un magazine de mode. Il s’agit d’un journal hebdomadaire de 16 pages, imprimé en noir et blanc, vendu 10 cents.
Au sommaire : les mariages de la haute société, des conseils d’étiquette, des critiques musicales, des actualités littéraires… et quelques pages consacrées aux tenues de circonstance.
Le ton est raffiné, parfois légèrement satirique, à l’image d’un journal d’opinion pour esthètes. On y trouve des textes littéraires, des poèmes, et même une rubrique intitulée “Bric-à-Brac”, fourre-tout de petites nouvelles et de billets d’humeur.
Mais ce qui distingue Vogue d’emblée, c’est sa volonté d’être plus qu’un simple journal : un repère de bon goût, un arbitre silencieux du style de vie de la société huppée.
Arthur Turnure, un fondateur oublié mais décisif
Figure aujourd’hui méconnue, Arthur Turnure n’était pas un industriel de la presse, mais plutôt un esthète mondain. Diplômé de Princeton, il avait travaillé dans l’édition avant de lancer Vogue à l’aide de quelques investisseurs. Sa vision : proposer un contenu élégant, sans vulgarité, fidèle à l’élite qu’il côtoyait.
Turnure dirige Vogue pendant 17 ans, jusqu’à sa mort en 1906. Durant cette période, il pose les fondations culturelles du magazine : l’amour du beau, la valorisation du raffinement, la recherche du style.
Même si son Vogue n’est pas encore centré sur la mode, il préfigure une presse de niche haut de gamme, pensée pour un lectorat sélectif. Ce socle va permettre à son successeur, Condé Nast, d’en faire un média révolutionnaire.
Un succès discret mais prometteur
Au tournant du XXe siècle, Vogue commence à s’imposer dans les cercles de la bonne société. Il n’est pas massivement diffusé, mais bénéficie d’une aura prestigieuse, renforcée par la qualité de son ton et de ses contributeurs. Le lectorat est restreint, mais influent — ce qui suffit pour attirer les premiers annonceurs haut de gamme, notamment dans la joaillerie, la parfumerie ou les voyages.
En 1905, l’éditeur Condé Nast, alors cadre chez Collier’s Weekly, remarque Vogue et sent son potentiel inexploité. Il attendra un an après la mort de Turnure pour acquérir le magazine, en 1909, posant ainsi la première pierre de ce qui deviendra l’empire Condé Nast Publications.
Une ère fondatrice, discrète mais essentielle
La période Turnure (1892–1909) est souvent oubliée, mais elle est fondamentale dans l’histoire de Vogue. C’est durant ces années que le magazine forge sa vocation d’arbitre du goût.
Sans ces racines solides — rédaction élégante, choix éditoriaux raffinés, positionnement auprès de l’élite — Vogue n’aurait probablement jamais pu devenir le monument culturel qu’il est aujourd’hui.
La suite de notre dossier : l’explosion sous Condé Nast
En 1909, un éditeur audacieux reprend Vogue et décide d’en faire bien plus qu’un journal : un magazine de mode iconique, international, et artistiquement révolutionnaire. Découvrez comment cette vision a tout changé.
➜ L’ère Condé Nast : quand Vogue passe à la vitesse supérieure
Photo de Kateryna Horska sur Unsplash
